vendredi 25 mars 2011

Syrie : Les gestes d’apaisement ne calment pas le jeu

« Le parti au pouvoir est très étroitement en phase avec les sentiments du peuple. Aucun mécontentement n'est perceptible qui nécessiterait un changement de ligne politique », affirmait fin janvier au Wall Street Journal le président syrien Bachar al-Assad. Et pourtant…Depuis cette déclaration, le régime a lâché du lest afin de calmer les centaines de milliers de manifestants. Exemple : les autorités comptent étudier l’annulation de la loi sur l’état d’urgence, décrété lors de l’arrivée du parti Baas au pouvoir en 1963.

Le mouvement de contestation, lancé sur le réseau social Facebook le 15 mars, a démarré dans la ville de Derra. Située dans le sud du pays près de la frontière avec la Jordanie, la ville de Derra abrite 75 milles personnes. A présent, la révolte a atteint d’autres villes dont Damas, capital syrienne. Les autorités ont du souci à se faire ! D’autant plus que les manifestants ont promis de crier leur colère jusque quand ils seront satisfaits. Les mesures prises pour le moment sont jugées trop timides par les opposants syriens.



Ici, comme dans les autres pays arabes d’ailleurs, la moindre velléité démocratique est directement matée. La police secrète joue un rôle considérable et n’hésite pas à tirer sur la foule. Conséquences ? Des centaines de personnes ont déjà été tuées tandis que d’autres auraient été emprisonnées. Ce vendredi, des heurts ont eu lieu aux quatre coins de la Syrie.

Était-ce prévisible ? Les 20 millions de syriens connaissent depuis plus de 50 ans le régime autoritaire du parti Baas, qui interdit toute opposition et gouverne en vertu de l’état d’urgence. Aussi, l’est du pays connaît depuis cinq ans une crise sociale qui a plongé 800 milles personnes dans extrême dénuement. Donc oui, le gouvernement syrien devait s’attendre à ce que le mouvement de révolte qui parcourt la quasi-totalité des pays arabes, ne vienne frapper aux portes du pays.

Difficile aujourd’hui de prédire l’avenir. Personne n’aurait pu prévoir ces événements il y a deux semaines. Un syrien témoigne : « on ne peut continuer à réprimer une population comme cela. Ce n'est pas possible. Il ne manque plus qu'une étincelle ». Et l’étincelle qui a mis le feu aux poudres a eu lieu. Reste plus qu’à savoir quand le feu sera éteint. Désormais, on craint plus que tout un scénario à la « Kadhafi » en référence à la Libye, ou à la « Saleh » pour le Yémen, qui s’attachent au siège présidentiel. Le pouvoir n’est plus du tout en phase avec les sentiments du peuple. Bachar al-Assad n’avait pas vu juste ! Geoffrey HULSENS





              Des manifestants dans les rues de Derra, le mercredi 23 mars. AP Photo

lundi 21 mars 2011

Libye : Un symbole de la révolte libyenne abattu

Aujourd'hui, je voudrais rendre hommage au bloggeur libyen Mohammed Nabous. Il a été abattu le samedi 19 mars à Benghazi alors qu'il filmait l'avancée des troupes du colonel Kadhafi. Durant cette révolte, il n'a pas hésité à témoigner notamment pour Euronews dans les zones de combats alors que les bombes pleuvaient. Des risques dont il avait conscience. Parfois, l'envie d'informer mais aussi de dénoncer les massacres commis sur la population libyenne, prend le dessus au risque de mettre sa vie en péril.

Mohammed Nabous n'aura pas la chance de voir, on l'espère tous, son pays libre. En revanche, son combat n'est pas perdu. Un combat mené également pour son enfant encore dans le ventre de sa mère.

En tout cas, il restera l'un des symboles de la révolution. Pour ses amis et proches, il est tombé en martyr. Aujourd'hui, je voudrais donc saluer son courage et le remercier pour avoir collaboré avec les journalistes. Mohammed Nabous n'est plus...mais on peut être sûr que quelqu'un d'autre à repris la relève. Geoffrey HULSENS

Pour écouter son dernier enregistrement sonore, cliquer ici


samedi 19 mars 2011

Libye : Tension maximale. Un avion abbatu en plein vol !

Le cessez-le-feu annoncé ce vendredi par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi aura été de courte durée, même s'il affirme toujours le respecter. Difficile à croire ! Il met en garde la communauté internationale et plus particulièrement la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Nicolas Sarkozy, David Cameron et Barack Obama se sont en effet montrés « pour » une intervention militaire immédiate, deux jours après le vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’Onu. L’intervention militaire pourrait avoir lieu dès aujourd’hui, à l’issue du sommet de l’Union européenne, Ligue arabe et Union africaine qui se tient ce samedi à Paris.

Tandis que les troupes loyalistes, fidèles au dictateur libyen s’attaquent désormais à Benghazi, fief des rebelles, un avion (probablement des insurgés selon une source rebelle) a été abattu ce samedi matin. A l’heure actuelle, il est toujours difficile de savoir qui a abattu l’avion et à qui il appartenait. Le pilote de l’avion a su s’éjecter avant le crash de l’avion qui a terminé sa course folle dans une zone habitée à Benghazi. Le crash a provoqué une violente explosion. Toujours selon une source des rebelles, la chute de l’avion a été accueillie par des applaudissements et des cris de joie par la population de Benghazi. Des millions de personnes fuient actuellement la zone pour se réfugier à proximité de la frontière égypto-libyenne.



La Belgique a proposé de mettre quatre chasseurs bombardiers, un navire et des soldats à disposition de la coalition qui sera chargée d’appliquer la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le Canada, la Norvège, le Danemark, l’Italie, l’Espagne ou encore le Qatar ont d’ores et déjà annoncé leur participation aux opérations. L’Allemagne, le Brésil, la Chine et la Russie se sont opposés à une intervention militaire. Angela Merkel, chancelière allemande, craint des victimes civiles comme ca été le cas en Afghanistan ou en Irak.

La tension est donc à son paroxysme. Les prochaines heures seront difficiles. Ce qui est certain, c’est que Mouammar Kadhafi veut toujours montrer qu’il dirige son pays. Par ailleurs, il met en garde les pays étrangers contre toute ingérence et promet des représailles. Le chemin de la démocratie est encore long, très long. La guerre civile est bien présente…tout comme la peur de revivre ces guerres interminables en Afghanistan ou en Irak. Ici, Kadhafi n’est pas prêt à dialoguer. • Geoffrey HULSENS

Voici le reportage d'Euronews




                                   Crédits photo : AFP





vendredi 18 mars 2011

Yémen : Après Bahreïn, le Yémen déclare à son tour l'état d'urgence

Ce jeudi, le royame du Bahreïn imposait la loi martiale en raison des violents affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants. Aujourd'hui, c'est au tour du Yémen de décréter l'état d'urgence. Le président Abdallah Saleh, 68 ans, a pris cette décision alors qu'au moins 46 personnes ont été tuées à Sanaa, capitale yéménite.


                                          Crédits photo : EPA

Il s'agit des violences les plus meurtrières depuis le début de la contestation, fin janvier. Le président américain Barack Obama a fermement condamné ces violences. Et pour cause, Washington voit en Saleh un allié dans la lutte contre le terrorisme.

Les victimes de cette tuerie, sans précédent depuis les violences civiles de 1994 dans ce pays pauvre de 24 millions d'habitants, portent à plus de 80 le bilan des morts depuis le début du mouvement appelant au départ du président Saleh.

Peu après l'explosion de violence à Sanaa, M. Saleh a annoncé que "le conseil de la défense nationale proclame l'état d'urgence dans le pays" pour une période de trente jours, une indication de sa détermination à contrer la révolte de la rue, en dépit de son isolement politique croissant. Geoffrey HULSENS

mercredi 16 mars 2011

Libye : Sarkozy attaque, Kadhafi riposte

Un mois après le début de la contestation populaire en Libye, la situation est alarmante et s’aggrave au fil des jours. La communauté internationale reste divisée quant aux sanctions à prendre contre le régime de Kadhafi.

Le G8, les plus grandes puissances au monde, s’était réuni le mardi 15 mars à Paris. C’est le fiasco total puisqu’aucun consensus n’a été trouvé. La Russie et la Chine ayant mis leur droit de veto, des opérations militaires n’auront donc pas lieu de la part des étrangers. C’était en tout cas la volonté notamment de la France. Par ailleurs, la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne et des tirs ciblés ne fait pas non plus l’unanimité. Pourtant Paris, Londres, la Ligue arabe et l’opposition libyenne étaient d’accord sur ce point. Encore une fois, le Conseil de sécurité de l’Onu est bloqué à cause des Chinois mais aussi des Etats-Unis qui n’arrivent pas à prendre une position claire et ferme.

Il n’en fallait pas moins pour que le colonel Kadhafi riposte face aux attaques de son homologue français, Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui coup de théâtre, le « tyran » libyen a affirmé avoir financé la campagne électorale du Président français en 2007. L’un des fils du colonel a demandé que l’argent soit reversé au clan Kadhafi…information immédiatement démentie par l’Elysée. Ce dernier déclare avoir des preuves matérielles quant aux différentes transactions qui auraient été effectuées en 2007, alors que le Président faisait campagne.


Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi le 12 décembre 2007. Crédits photo : AFP

La semaine dernière, le chef de l’Etat français avait reconnu l’opposition libyenne comme seule représentante du régime. Une décision qui avait pris de court l’ensemble des pays de l’Union européenne. Le leader libyen avait aussitôt menacé de rendre public « un grave secret » lié à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Une stratégie dans le but de faire tomber le chef de l’Etat français ? En tout cas, l’Elysée n’en démord pas et clame haut et fort être victime d’une manipulation à un peu plus d’un an des élections présidentielles.

Si cette information serait exacte, ce serait un coup dur pour l’UMP, parti de Nicolas Sarkozy, qui ne cesse d’être relégué à la troisième place dans tous les sondages dans la course à la présidentielle. Le Parti socialiste n’hésitera pas à sauter sur l’occasion pour demander des éclaircissements. Le Front national, quant à lui, poursuit son petit bonhomme de chemin. Le gouvernement de Sarkozy, qui a été remanié suite aux polémiques de l’ancienne ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, perdrait encore plus de crédibilité aux yeux des citoyens français.

On l’a vu, critiquer le régime de Kadhafi, même quand on est un chef de l’Etat ne pardonne pas. En revanche, s’il s’avérait que Nicolas Sarkozy aurait bien reçu un chèque afin de financer sa campagne électorale, c’est tout simplement le revers de la médaille. Sarkozy pourrait voir ses chances d’être réélu président tout bonnement s’envolées. • Geoffrey HULSENS

Pour écouter l'interview exclusive du fils de Mouammar Kadhafi accordée à Euronews, cliquer ici

mardi 15 mars 2011

Bahreïn : L'état d'urgence décrété

Le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa a proclamé l'état d'urgence pour trois mois, au lendemain de l'arrivée de troupes du Golfe pour l'aider à faire face à la contestation chiite. Près de 200 personnes ont été blessées dans des heurts. L'image ci-dessous montre ô combien les manifestants sont près à tout.• Geoffrey HULSENS

                                                                                           Crédits photo : AP

Voici le reportage d'Euronews :

lundi 14 mars 2011

Bahreïn : Guerre à l'horizon !

Pour la première fois depuis le début des manifestations au Royaume de Bahreïn, des troupes armées étrangères sont entrées dans le pays. Elles ont été appelées en renfort par la famille régnante sunnite des Khalifa afin de mettre un terme à tout rassemblement. Pour bien comprendre la situation, il faut savoir que le Royaume est dirigé par une dynastie sunnite alors que la majorité des habitants sont chiites. C’est d’ailleurs le seul Etat dans la péninsule arabique où on retrouve cette caractéristique. Dimanche, les manifestants antigouvernementaux ont bloqué l’accès routier au quartier des affaires de Bahreïn. C’est toute l’économie bahreïnie qui a été touchée de plein fouet. Ce lundi, les protestataires bloquaient le quartier financier de Manama, la capitale.

                                                                                  Crédits photo : Reuters

Pour maintenir l’ordre et la sécurité, la famille régnante a décidé de faire appel au Conseil de Coopération du Golfe (CCG). Le CCG n’a pas perdu de temps puisque ce lundi matin, des véhicules militaires saoudiens sont entrés dans le pays. Un peu plus tard, les Émirats arabes unis annonçaient à leur tour la participation au maintien de l’ordre en envoyant des forces armées. Pour le premier parti chiite du Bahreïn, le Wefaq, l’intervention des forces militaires régionales constituent une déclaration de guerre. Outre Bahreïn, le CCG comprend l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et Oman. Le CCG est une alliance militaire, économique et politique.

La famille royale prend un risque énorme en faisant appel au CCG. Aujourd’hui, on craint plus que tout que les chiites des autres pays ne soutiennent les bahreïnis de confession chiite. Le mouvement pourrait alors s’étendre à d’autres pays comme au Koweït, au Qatar et au Sultanat d’Oman, jusque là plus ou moins épargnés par les violences.

C’est un tournant dans la révolution du Jasmin. Auparavant, chaque pays s’occupait tantôt dans la violence, tantôt dans un calme précaire, de «ses» propres manifestants avides de libertés. Ici au Royaume de Bahreïn, les activistes réunis sur la place de la Perle demandent des réformes politiques et une véritable monarchie constitutionnelle. Certains n'hésitent pas à demander le départ de la dynastie sunnite des Al-Khalifa. Avec l’entrée des troupes militaires en provenance de l’Arabie Saoudite et des Emirats arabes unis, on ne peut que se dire qu’une guerre régionale se profile…Les tensions entre les chiites et les sunnites sont à nouveau présentes. Le monde entier à les yeux rivés sur la Libye et jusqu’à vendredi sur le Japon. Alors qu’on réprime et qu'on tue ailleurs ! Des meurtres qui restent et resteront probablement à jamais passés sous silence. • Geoffrey HULSENS

Pour regarder le reportage d'Euronews, cliquer ici






dimanche 13 mars 2011

Yémen : Le Président Saleh prêt à tout pour garder le pouvoir !

On dit souvent qu’un événement en chasse un autre. Surtout lorsqu’il est impressionnant, dramatique, désolant, inouï, imprévu. Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le puissant séisme de magnitude 9.0 sur l’échelle ouverte de Richter qui a secoué le Japon le vendredi 11 mars 2011. Ce puissant tremblement de terre a provoqué un tsunami avec des vagues pouvant atteindre à certains endroits dix mètres de haut. Les images nous glacent le sang. On pensait que l’île nippone pouvait faire face à ce genre d’événement imprévisible. La nature reprend ce que l’homme lui a arraché…elle arrache à son tour des milliers de vies humaines. Aujourd’hui, la menace d’une catastrophe nucléaire angoisse les milliers de japonais.

Durant un instant, on oublierait presque que le monde arabe est encore en ébullition. Oui, des manifestants sont toujours présents ici et là dans les rues qu’on soit en Tunisie, en Egypte, au Maroc, en Libye, au Qatar, en Arabie Saoudite,…au Yémen. La démocratie fait encore rêver, malgré la répression.

Justement, ce samedi 12 mars, des manifestants s’étaient rassemblés à Sanaa, capitale yéménite. Les protestataires réclament toujours une démocratie. D’autres demandent la démission du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. Ce dernier, qui fait toujours la sourde oreille, a donc lancé l’assaut sur les manifestants qui campaient depuis le 21 février sur la place de l’Université. Les forces de l’ordre yéménites n’ont pas hésité à tirer sur la foule, faisant près de 5 morts et 300 blessés selon un dernier bilan communiqué par le comité médical formé par les manifestants. En 24 heures au Yémen, ce ne sont pas moins de 7 personnes qui ont été tuées, dont un écolier de 12 ans tué par des tirs de policiers.

Pourtant dans un discours daté du jeudi 10 mars, le président Saleh s'était engagé à "continuer de protéger" les manifestants, qu'ils soient pour ou contre son régime. Des promesses déjà envolées.


                                                                            Crédits photo : AFP

Le comité médical mis en place par les manifestants accuse également le régime d’utiliser des gaz toxiques qui paralysent le système nerveux et l'appareil respiratoire. Ce qui provoque des évanouissements.

Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies s'est déclaré "très inquiet" de la détérioration de la situation au Yémen et a condamné "l'usage excessif de la force" contre "des manifestants pacifiques". Les pays étrangers commencent à appeler leurs ressortissants à quitter le pays face à l’escalade de la violence.

Alors que la situation se dégrade de jour en jour, le dialogue n’a toujours pas commencé. Les yéménites continueront à descendre dans les rues jusque quand le président Saleh leur tendra la main. Quand ? C’est la grande inconnue puisque le président yéménite semble s’accrocher au pouvoir. Ce dimanche, de nouveaux heurts opposant les manifestants aux forces de l’ordre ont eu lieu à Sanaa. Une nouvelle journée noire et sanglante pour le pays. • Geoffrey HULSENS