« Le parti au pouvoir est très étroitement en phase avec les sentiments du peuple. Aucun mécontentement n'est perceptible qui nécessiterait un changement de ligne politique », affirmait fin janvier au Wall Street Journal le président syrien Bachar al-Assad. Et pourtant…Depuis cette déclaration, le régime a lâché du lest afin de calmer les centaines de milliers de manifestants. Exemple : les autorités comptent étudier l’annulation de la loi sur l’état d’urgence, décrété lors de l’arrivée du parti Baas au pouvoir en 1963.
Le mouvement de contestation, lancé sur le réseau social Facebook le 15 mars, a démarré dans la ville de Derra. Située dans le sud du pays près de la frontière avec la Jordanie, la ville de Derra abrite 75 milles personnes. A présent, la révolte a atteint d’autres villes dont Damas, capital syrienne. Les autorités ont du souci à se faire ! D’autant plus que les manifestants ont promis de crier leur colère jusque quand ils seront satisfaits. Les mesures prises pour le moment sont jugées trop timides par les opposants syriens.
Ici, comme dans les autres pays arabes d’ailleurs, la moindre velléité démocratique est directement matée. La police secrète joue un rôle considérable et n’hésite pas à tirer sur la foule. Conséquences ? Des centaines de personnes ont déjà été tuées tandis que d’autres auraient été emprisonnées. Ce vendredi, des heurts ont eu lieu aux quatre coins de la Syrie.
Était-ce prévisible ? Les 20 millions de syriens connaissent depuis plus de 50 ans le régime autoritaire du parti Baas, qui interdit toute opposition et gouverne en vertu de l’état d’urgence. Aussi, l’est du pays connaît depuis cinq ans une crise sociale qui a plongé 800 milles personnes dans extrême dénuement. Donc oui, le gouvernement syrien devait s’attendre à ce que le mouvement de révolte qui parcourt la quasi-totalité des pays arabes, ne vienne frapper aux portes du pays.
Difficile aujourd’hui de prédire l’avenir. Personne n’aurait pu prévoir ces événements il y a deux semaines. Un syrien témoigne : « on ne peut continuer à réprimer une population comme cela. Ce n'est pas possible. Il ne manque plus qu'une étincelle ». Et l’étincelle qui a mis le feu aux poudres a eu lieu. Reste plus qu’à savoir quand le feu sera éteint. Désormais, on craint plus que tout un scénario à la « Kadhafi » en référence à la Libye, ou à la « Saleh » pour le Yémen, qui s’attachent au siège présidentiel. Le pouvoir n’est plus du tout en phase avec les sentiments du peuple. Bachar al-Assad n’avait pas vu juste ! Geoffrey HULSENS
Des manifestants dans les rues de Derra, le mercredi 23 mars. AP Photo


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