dimanche 27 février 2011

Tunisie : Le Premier ministre a jeté l’éponge. La rue triomphe à nouveau !

Les 100 milles manifestants qui défilaient le 25 février dans les rues de Tunis, ont été entendus. Le Premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi a annoncé cette après-midi sa démission alors que de nouvelles scènes de violences avaient lieu aujourd’hui dans le centre de Tunis. Hier, de violents affrontements opposant les forces de l’ordre et des jeunes ont fait au moins trois morts dans la capitale. Un poids trop lourd a porté pour le Premier ministre ? Il semblerait puisqu'il a affirmé qu'il n'était pas "le genre de personne à prendre des décisions qui pourraient provoquer des victimes".

http://www.france-info.com


L’annonce de cette démission, pourtant demandée par tous, a été accueillie avec des réactions plutôt mitigées. Et pour cause, ce geste de Ghannouchi représente qu’une petite victoire parmi les nombreuses revendications exigées depuis maintenant la mi-décembre 2010. Les tunisiens réclament toujours une nouvelle constitution mais surtout, la démission des 11 ministres du gouvernement de transition, trop proches du RCD, le parti de l’ex-président Ben Ali. Qui pour occuper le poste vacant de Premier ministre ? C’est la grande inconnue aujourd’hui (1). La confiance s’est envolée tout comme l’espoir de voir rapidement la mise en place d’une démocratie.


Jadis, les rassemblements étaient interdits. Vengeance à celui ou celle qui osait défier le régime. A présent, la rue a ce pouvoir de faire tomber les plus hauts dirigeants. On se doute que d’autres personnes suivront le même chemin que Ben Ali ou Ghannouchi. Mais à quel prix ? Des morts sont malheureusement nécessaires pour accéder à la démocratie. Le chemin est donc encore long. La révolution n’est pas terminée en Tunisie. Elle ne fait que commencer…alors que des centaines de milliers de libyens fuient leur pays pour échapper aux répressions sanglantes de Kadhafi. La vie serait-elle plus rose pour ces exilés libyens en Tunisie ? • Geoffrey HULSENS



(1) : On a appris aux alentours de 19h30 la nomination de Beji Caïd Sebsi au poste de Premier ministre. Il remplace ainsi Mohammed Ghannouchi qui avait annoncé sa démission un peu plus tôt dans la journée.

Ecouter le reportage d'Euronews :

samedi 26 février 2011

Bahreïn : Des ministres commencent à tomber !

L’effet domino, craint par tous, a eu lieu. Plus aucun pays n’est à l’abri de la vague de soulèvement populaire qui touche pratiquement toutes les nations de la péninsule arabique. Le Bahreïn, qu’on pensait protégé de ces manifestations, n’échappe pas à la règle. Ici, la situation est encore plus délicate puisque le Royaume de Bahreïn est dirigé par une dynastie sunnite alors que la majorité des bahreïnis sont chiites. Le Parlement est soumis pour l’essentiel au monarque, le roi Issa al Khalifa…Il n’en fallait pas moins pour mettre le feu aux poudres.

                                                         http://www.radio-canada.ca

C’est donc depuis le 14 février que les habitants manifestent dans les rues. Des milliers d’entre eux s’étaient rassemblés hier dans la capitale, Manama, afin de réclamer des réformes politiques. Et comme chaque pays à son point de ralliement, les bahreïnis s’étaient donné rendez-vous sur la Place de la Perle…un bien joli nom pour une place devenue, malgré elle, le symbole de la révolte. Même si le roi dirige le pays d’une main de fer, il a décidé aujourd’hui de répondre aux demandes de l’opposition chiite en procédant à un remaniement ministériel. Les ministres du Logement, de la Santé et des Affaires gouvernementales ont été remerciés tandis que cinq autres ministres changent de portefeuille…pas sûr que cela fasse calmer le jeu.

En effet, au sein même de l’opposition chiite, on observe des divergences d’opinion. Alors que certains réclament des réformes démocratiques, d’autres demandent tout bonnement la fin de la monarchie. Quoiqu’il en soit, le monarque est prêt à dialoguer avec l’opposition. Cette annonce a été faite alors que la journée d’hier avait été déclarée jour de deuil national en mémoire des victimes du 14 février qui ont été tuées à balles réelles. Aujourd’hui, l’armée s’est retirée sous ordre des autorités bahreïnies. Ces avancées, toutefois minimes, semblent dérisoires face aux besoins de la population. Le Bahreïn connait un taux de chômage de 3,9% de la population qui s’élève à 1,2 millions d'habitants.

Les médias d’Etat ont à peine couvert les événements depuis le début des protestations. La censure, qui a toujours existée dans les pays de la péninsule arabique, n’a jamais été aussi si forte. Le régime bahreïni vacille…alors que le dialogue n'a toujours pas commencé. • Geoffrey HULSENS

vendredi 25 février 2011

Tunisie : Après Ben Ali, les manifestants s’attaquent désormais à Ghannouchi, qui annonce dans la foulée de nouvelles élections !

Retour en Tunisie, premier pays à connaitre la "Révolution du Jasmin". On pensait que les choses étaient revenues au calme. En réalité, il n’en est rien ! Plus d’un mois après la chute et la fuite en Arabie-Saoudite de l’ex-Président tunisien Ben Ali, le gouvernement de transition doit faire face à une nouvelle colère tunisienne. Près de 100.000 personnes se sont réunies aujourd’hui afin de demander le départ du Premier ministre Mohamed Ghannouchi. Des milliers d’entre eux ont repris en cœur, ce qui est maintenant devenu la marque de fabrique dans la lute contre le régime, le célèbre « Dégage ».

                                                                                 http://www.tv5.org

Si Ben Ali est bien parti, le système mis en place par l’ancien dictateur est toujours bel et bien présent. Ghannouchi, qui avait alors été nommé Premier ministre par Ben Ali en 1999, est toujours en place. Inconcevable pour les tunisiens qui demandent une refonte totale du système politique, économique et sociale du pays. Incompétent et inefficace, le gouvernement de transition ne séduit pas. Et pour cause, Olfa Riahi, journaliste tunisienne, pointe du doigt l’absence de réaction face aux crimes commis en Libye, la crise sécuritaire du pays, le silence médiatique, etc. Bref, un vide politique total !

Ce vendredi, classé jour férié, a été le théâtre de rafales d’armes automatiques, tandis que des hélicoptères de l’armée survolaient Tunis et que plusieurs bâtiments officiels étaient en feu. Pour calmer le jeu, le gouvernement a annoncé de nouvelles élections qui devraient se tenir au plus tard mi-juillet 2011. D’ici là, nul doute que d’autres manifestations et revendications seront inscrites dans l’Histoire. Le changement, qu’on pensait en route depuis le 14 janvier 2011 avec le départ de l’ex-Président, n’est pas encore en marche. L’impatience se lit sur le visage des tunisiens tandis que le bras de fer continue. • Geoffrey HULSENS

jeudi 24 février 2011

Libye : Le drapeau libyen boycotté par les manifestants !

Ce jeudi, c’est la Libye qui occupe encore une fois l’actualité internationale alors que le colonel Mouammar Kadhafi semble être de plus en plus isolé sur la scène internationale. En effet, Barak Obama et Nicolas Sarkozy ont (enfin) condamné les violences à l’encontre du peuple libyen. Tandis que les étrangers tentent de quitter tant bien que mal le pays, les manifestants continuent à braver l’interdit. Mouammar Kadhafi s’est à nouveau exprimé à la télévision d’Etat pour la deuxième fois…en deux jours. L’ouest du pays commence à échapper au tyran qui ne lâche pas les rênes : il montre une nouvelle fois via son allocution télévisée qu’il règne en maître sur le pays. A l’est, les insurgés gagnent également du terrain mais les « pro-Kadhafi » ne sont pas loin. La guerre civile a bien lieu et certains avancent un bilan dramatique qui pourrait s’élever au dessus des 2000 morts. Et comme lors de son apparition télévisée d’hier, le colonel a encore brandi la peur et la menace d’une islamisation du pays. Il accuse d’ailleurs Al Qaeda et Ben Laden d’être derrière les revendications des manifestants. Gare aux représailles des islamistes, qui n’aiment pas être titillés !

Mais la chose la plus étonnante est venue de la part des manifestants qui, contrairement à leurs voisins tunisiens ou égyptiens, ne brandissent pas le drapeau de leur pays. Ils l’ont tout simplement boycotté. Exit donc tout ce qui se rapproche de près ou de loin à Kadhafi car c’est bien lui qui a instauré le drapeau libyen en 1977 après avoir renversé le roi Idris 1re en 1969.


L’un des fils Kadhafi s’est également exprimé aujourd’hui. Il invite « les journalistes du monde entier à venir en Libye » comme pour prouver que le régime n’avait rien à cacher…comme pour montrer que la presse est libre alors qu’elle a toujours été interdite. La pression sur les journalistes s’accentuera dans le futur proche, comme on a pu l’observer en Egypte avec les mesures de censure adoptées par l’ex-président Moubarak. Car ici en Libye, les journalistes qui ne passent pas d’accord avec le régime sont considérés comme « hors-la-loi» et comme des « collaborateurs d’Al Qaeda ». • Geoffrey HULSENS

                                            

mercredi 23 février 2011

Algérie : Bouteflika lève l’état d’urgence. Les manifestants scandent « Bouteflika dégage »

Alors que le monde entier est braqué sur la Libye où la situation semble évoluer d’heure en heure et où de plus en plus de régions échappent au régime du colonel Mouammar Kadhafi, on a assisté ce mercredi à un événement historique dans un autre pays arabe qui connait depuis plusieurs jours des manifestations réprimées avec force par le régime. En effet, l’Algérie a décidé de lever l’état d’urgence, alors en vigueur depuis 19 ans. Ces mesures, mises en place en 1992 puis prorogées en 1993, donnaient largement le pouvoir à l’armée, les médias pouvaient être contrôlés, le couvre-feu installé pour limiter la circulation à certains lieux et à certaines heures,…Aujourd’hui, il reste l’ultime étape pour que l’état d’urgence soit levé. Celle de la publication dans le Journal officiel. Selon certaines sources, cette publication serait « imminente ».

                                      © http://www.france24.com/
Si la levée de l’état d’urgence est une décision politique très forte, on doute cependant que le régime donnera des faveurs à la presse ainsi qu’aux manifestants qui n’hésitent pas à utiliser les grands moyens afin de se faire entendre. A ce jour, sept jeunes chômeurs se sont automutilés alors que la vague de protestation touche désormais les employés paramédicaux, les agents municipaux et les étudiants des grandes écoles d’ingénieurs. Tous scandent « Bouteflika dégage », ayant réussi à braver les cordons de sécurité, soulevés par ce vent de liberté qui parcourt actuellement tout le monde arabe. Cependant, le mouvement de contestation ne semble pas encore avoir pris une ampleur comme en Tunisie, Egypte ou Libye…car ici en Algérie, l’armée occupe les pleins pouvoirs et même si l’état d’urgence est levé, la lutte « contre le terrorisme et la subversion » resteront du ressort des militaires.
Les algériens, qui espèrent tous reproduire le même schéma que leurs voisins tunisiens ou égyptiens, continueront à se rassembler place du 1re mai à Alger.
Malgré l’interdiction de manifester, la révolution du printemps arabe semble bien mise en route. Au risque de mettre leur vie en péril, plus rien ne semble arrêter les algériens. Même la mort... · Geoffrey HULSENS

mardi 22 février 2011

Libye : Mouammar Kadhafi : "Je suis prêt à mourir en martyr"

C’est en Libye que les choses semblaient le plus s’accélérer ce mardi parmi les pays du monde arabe en pleine ébullition. Alors que des dizaines de milliers d’étrangers fuient actuellement le pays afin d’échapper à la répression sanglante qui secoue le pays depuis une semaine, le colonel Mouammar Kadhafi s’est adressé ce soir à la population libyenne via la télévision d’Etat. Il est apparu tantôt perdu dans ses pensées, tantôt énervé, brandissant la menace d'une condamnation à mort pour les protestataires qui sèment le trouble dans les villes libyennes. Dans son message, il a également appelé la police et l’armée à reprendre la situation en main sous peine d’une islamisation du pays, faisant des comparaisons avec l’Afghanistan.

                                                                                 ©http://www.lepoint.fr
Tout comme l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, il a affirmé qu’il restera dans le pays coûte que coûte mettant fin ainsi aux rumeurs qui circulaient laissant penser qu’il se serait échappé au Venezuela. Mouammar Kadhafi ira jusqu’à parler de complot et dira que seule la télévision d’Etat libyenne « est la seule à donner la vraie information. Les autres sont sales ». Prêt à mourir en martyr, il utilisera des mots très durs durant son allocution télévisée, notamment en parlant de « barbus » pour désigner les islamistes qui, selon lui, manipulent la jeunesse. En fin de message, il a appelé les « pro-Kadhafi » à sortir de leur maison pour contrer les « anti-Kadhafi ».

La presse américaine, dont le célèbre Wall Street Journal, demande aujourd’hui aux occidentaux d’armer les manifestants libyens afin de renverser le régime qui vacille de plus en plus…Mais même au bord du gouffre, le régime fait peur aux pays occidentaux. Les condamnations de la communauté internationale tarde ; du déjà vu avec la Tunisie et l’Egypte. Ici, l’enjeu est sans doute encore plus important puisque la Libye est un pays pétrolier. Aujourd’hui, les manifestations ont propulsé le pétrole au-delà de 105 dollars le baril. Le « Vieux Continent » craint un flux d’immigrés massif alors que le spectre d’une guerre civile n’est plus très loin…si elle n’a déjà pas commencé ! · Geoffrey HULSENS